Etrange appel au "pluralisme" du web sous la plume du Huanqiu Shibao, titre éminemment patriotique. Mais alors que Pékin est secoué par la chute d’un des "princes rouges" et par les révélations des réseaux sociaux, le journal entend surtout faire taire les internautes gênants.
Dessin de Cost, Belgique
De tout temps, avoir une perception précise de la situation de leur pays a toujours été pour les Chinois une
question à prendre au sérieux. Pourtant, depuis l’époque moderne [entamée en 1840 avec la "guerre de l’opium" qui oppose un empire affaibli à l’Occident], ils n’ont cessé de se fourvoyer dans ce
domaine, et les révolutionnaires n’ont pas échappé à la règle puisqu’ils ont commis à maintes reprises des erreurs d’appréciation.
Aujourd’hui, les polémiques se multiplient dans la société au sujet de l’état réel de la Chine. Internet est devenu le principal vecteur pour décrire la Chine actuelle, et sa sphère d’influence
est relativement étendue. A présent, Internet joue également un rôle majeur dans la perception de la situation du pays qu’a la société chinoise. Cependant, on y trouve bien souvent des assertions
maintes fois répétées qui vont à l’encontre de la vérité et favorisent une méconnaissance de la réalité nationale chez bon nombre de personnes.
Parmi ces malentendus, il en est un d’une importance majeure qui consiste à considérer que la Chine d’aujourd’hui est dans une situation catastrophique et que les citoyens de base vivent dans la
misère. On entend dire aussi que les réformes n’ont apporté aucun progrès, que le mécontentement populaire est à son comble et que la Chine est au bord du chaos… Or, en quittant Internet et en
entrant dans le monde réel, la plupart des gens se rendraient compte que la Chine est loin d’être dans un état calamiteux.
Internet devient hermétique
Non seulement on observe un développement général du pays, mais aussi une évolution positive des mentalités dans leur ensemble. Chacun s’active pour gagner de l’argent et trouver un bon poste ;
on se préoccupe de fournir une bonne éducation à ses enfants et de préserver sa santé quand on avance en âge. En quoi tout cela traduit-il une société pessimiste ?
En matière de réformes, de développement et de stabilité – trois facteurs importants de la société chinoise, ce que
recherche vraiment la population, c’est d’avoir les trois à la fois : mais sur Internet, cet ensemble est complètement déchiré ; la stabilité, élément majeur, voit son nom souillé, et
l’expression "maintien de la stabilité" a des connotations quasi péjoratives.
Internet concentre la plupart des humeurs mauvaises de la société, tout en donnant à beaucoup l’impression qu’il s’agit là de l’état d’esprit général de la société chinoise. Internet se focalise
souvent sur des faits très négatifs mais de faible occurrence, en négligeant au passage cette dernière caractéristique. On donne ainsi une vision faussée, la Chine semblant être un agrégat
d’affaires de ce genre.
Dans une certaine mesure, Internet évolue actuellement dans le sens inverse de son ouverture, avec une tendance de plus en plus nette à l’hermétisme. Les personnes partageant des goûts communs forment des cercles fermés dans lesquels elles se transmettent les informations qui leur plaisent et insistent sur leurs propres valeurs. Plus elles dénoncent les travers du pays tout entier, plus ceux-ci paraissent réels !
Ces internautes s’apportent des confirmations mutuelles et réagissent les uns après les autres en retour. La mauvaise humeur enfle ainsi au fil des discussions. C’est le contrecoup d’une tendance
à l’unicité des sources d’information à l’ère de leur multiplicité. La société chinoise, d’une grande diversité, est réduite à un modèle terne après être passée au tamis d’Internet, où les
personnes qui expriment des opinions différentes font souvent l’objet d’attaques ou de "sanctions" concertées. Il est clair que le pluralisme n’est pas très poussé sur le web. Il convient de
souligner que loin d’être un simple "divertissement" d’internautes, les affaires qui se produisent en ligne commencent à avoir un impact sur la manière dont la population considère son pays, et
même sur le jugement et les prises de décision de certains hauts fonctionnaires.
La société chinoise doit absolument se défaire de certaines visions fausses que donne Internet sur des sujets essentiels, en particulier des jugements politiques excessifs portés sur notre pays. La capacité d’Internet à faire naître des débats dans l’opinion publique chinoise a pris des proportions démesurées et de nombreux médias traditionnels commencent à s’y intéresser. Il s’agit là d’un phénomène très étrange, qu’il faut s’appliquer à démolir.
Huanqiu Shibao
Global Times
L’histoire du pouvoir dans le monde a été déformée par des historiens eurocentrés qui ont ignoré le rôle dominant de la Chine
dans l’économie mondiale de 1100 à 1800. La brillante rétrospective historique que John Hobson fait de l’économie mondiale de cette période fournit des quantités de données empiriques qui
prouvent la supériorité économique et technologique de la Chine sur la civilisation occidentale pendant la plus grande partie du millénaire précédent avant qu’elle se soit assujettie et ne
commence à décliner au 19ième siècle.
La réémergence de la Chine en tant que puissance économique nous conduit à nous interroger sur son ascension et sa chute précédentes et sur les menaces intérieures et extérieures qui pèsent dans le futur immédiat sur cette superpuissance économique renaissante.
D’abord nous soulignerons les principaux aspects de l’ascension historique de la Chine et de sa supériorité économique sur l’Occident avant le 19ième siècle à partir du livre de John Hobson, "Les origines orientales de la civilisation occidentale". Etant donné que la majorité des historiens économiques occidentaux (libéraux, conservateurs ou marxistes) ont représenté la société chinoise comme stagnante, arriérée et bornée, un "despotisme oriental" selon leur expression, il est nécessaire de montrer qu’il n’en était rien. Il faut aussi particulièrement montrer comment la Chine, la puissance mondiale technologique de 1100 à 1800, a permis l’ascension de l’Occident. C’est seulement en empruntant et en assimilant les innovations chinoises que l’Occident a pu opérer la transition vers l’économie capitaliste et impérialiste moderne.
Dans la seconde partie nous analyserons les facteurs et les circonstances qui ont amené le déclin de la Chine au 19ième siècle et la domination, l’exploitation et le pillage subséquents de ce pays par les puissances impériales occidentales, d’abord l’Angleterre puis le reste de l’Europe, le Japon et les Etats-Unis.
Dans la troisième partie, nous soulignerons brièvement les facteurs qui ont mené à l’émancipation de la Chine de la règle coloniale et néocoloniale et nous analyserons sa récente percée comme deuxième plus grande économie mondiale.
Enfin nous étudierons les menaces passées et présentes qui pèsent sur l’avènement de la Chine comme puissance économique mondiale en mettant en lumière les similitudes entre le colonialisme anglais des 18 et 19ièmes siècles et les stratégies impériales étasuniennes actuelles et en montrant les forces et les faiblesses des réactions chinoises passées et présentes.
LA CHINE : L’ascension et la consolidation de sa puissance mondiale de 1100 à 1800
A l’aide de comparatifs systématiques, John Hobson fournit énormément de données concrètes qui démontrent de façon indiscutable la supériorité mondiale économique de la Chine sur l’Occident et en particulier sur l’Angleterre. En voilà quelques unes :
Dès 1078 la Chine était le plus grand producteur au monde d’acier (125 000 tonnes) tandis que l’Angleterre n’en produisait encore que 76 000 tonnes en 1788.
La Chine était le leader mondial de l’innovation dans la production textile, sept siècles avant la "révolution textile" anglaise du 18ième siècle.
La Chine était la première puissance commerciale et faisait du commerce avec la plus grande partie de l’Asie de l’ouest, de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe.
La "révolution agricole" chinoise et sa productivité dépassaient l’Occident au 18ième siècle.
Ses innovations dans la production de papier, de livres imprimés, d’armes à feu et d’outils, en ont fait une superpuissance dont la production était exportée dans le monde entier grâce à un système de navigation des plus avancés.
La Chine possédait les bateaux de commerce les plus grands. En 1588 les plus grands bateaux anglais pouvaient transporter 400 tonnes de fret, les navires chinois 3000 tonnes. Même à la fin du 18ième siècle, les marchands chinois disposaient encore de 130 000 navires de commerce privés, infiniment plus que les Anglais. Le Chine a gardé ce rôle dominant dans l’économie mondiale jusqu’au début du 19ième siècle.
Les fabricants Anglais et Européens qui ont suivi l’exemple de la Chine, en copiant et assimilant ses plus grandes avancées technologiques, étaient pressés d’entrer sur le marché chinois moderne et lucratif.
Jusqu’en 1750, le revenu per capita des Chinois égalait celui des Anglais grâce à leur système bancaire, leur économie basée sur du papier monnaie stable, leur production manufacturée et de bons rendements agricoles.
La position dominante de la Chine a été remise en question par la montée de l’impérialisme britannique qui a adopté les avancées technologiques, maritimes et commerciales de la Chine et d’autres pays d’Asie pour devenir une puissance mondiale en brûlant les étapes.
L’IMPERIALISME occidental et la déclin de la Chine
Les piliers de la conquête britannique et occidentale de l’Orient sont la militarisation des états impériaux, le manque de réciprocité dans leurs relations économiques avec les pays étrangers et la nature de l’idéologie occidentale impériale qui permettait et justifiait la conquête de pays étrangers.
A la différence de la Chine, la révolution industrielle britannique et son expansion au delà des mers est le fruit d’une politique guerrière. Selon Hobson, entre 1688 et 1815, l’Angleterre était en guerre 52% du temps. Tandis que la prospérité chinoise reposait sur le libre échange, la production de biens et les innovations commerciales et bancaires, les Britanniques préféraient les barrières douanières, les conquêtes militaires et la destruction systématique des entreprises étrangères compétitives ainsi que le vol et le pillage des ressources locales. La suprématie chinoise était basée sur "les bénéfices réciproques" des partenaires, tandis que les Britanniques avaient recours à des armées de mercenaires, la répression sauvage et la méthode "diviser pour régner" pour attiser les rivalités locales. En cas de résistance des autochtones, les Anglais (comme d’autres puissances impérialistes) n’hésitaient pas à exterminer des communautés entières.
Incapables de rentrer en compétition avec le marché chinois, l’Angleterre a eu recours à la puissance militaire brute. Elle a armé et formé des mercenaires recrutés dans ses colonies en Inde et ailleurs pour forcer la Chine à importer ses produits et pour lui imposer des traités inégaux à des tarifs préférentiels. La Chine a été inondée d’opium britannique produit dans ses plantations d’Inde au mépris des lois chinoises qui interdisaient ou régulaient l’importation et la vente de narcotiques. Les dirigeants chinois habitués depuis longtemps à la supériorité de leur commerce et de leur fabrication n’étaient pas préparés aux "nouvelles règles impériales" du pouvoir international. La propension occidentale à coloniser des pays par les armes, à piller leurs ressources et à recruter d’énormes armées de mercenaires commandés par des officiers européens a mis fin à la puissance internationale de la Chine.
La base de la suprématie économique de la Chine était la "non ingérence dans les affaires internes de ses partenaires commerciaux". A l’opposé les impérialistes britanniques sont intervenus brutalement en Asie pour adapter les économies locales aux besoins de l’empire (en éliminant les concurrents économiques, y compris les fabricants de coton indiens plus efficaces) et ont pris le contrôle des appareils politiques, économiques et administratifs locaux pour mettre en place la colonisation.
L’empire britannique s’est construit en s’appropriant les ressources de ses colonies et en militarisant massivement son économie. Sa puissance militaire a bientôt supplanté celle de la Chine. La politique étrangère de la Chine a été handicapée par la confiance exagérée des élites dirigeantes dans les relations commerciales. Les officiels chinois et les grands marchands qui cherchaient à se concilier les Britanniques, ont convaincu l’empereur de leur accorder des concessions extra-territoriales dévastatrices et de leur ouvrir leur marché au détriment des fabricants chinois tout en renonçant à leur souveraineté locale. Comme toujours les Britanniques ont attisé les querelles internes et fomenté des révoltes pour déstabiliser davantage le pays.
La pénétration occidentale et britannique du marché chinois et la colonisation de la Chine ont créé une nouvelle classe : les riches "compradores" chinois qui importaient les marchandises anglaises et facilitaient la conquête des ressources et des marchés locaux. Le pillage impérialiste a engendré une plus grande exploitation de la grande masse des paysans et de ouvriers chinois écrasés par de lourds impôts. Les dirigeants de la Chine pressuraient la paysannerie pour payer les dettes de guerre et les déficits commerciaux imposés par les puissances impériales occidentales. Cela a conduit les paysans à la famine et à la révolte.
Au début du 20ième siècle (moins d’un siècle après les Guerres de l’Opium), la Chine avait perdu son statut de puissance économique mondiale ; elle était devenue un pays brisé, à demi colonisé et dont l’immense population était réduite à la pauvreté. Les principaux ports étaient contrôlés par les officiels de l’impérialisme occidental et l’intérieur du pays était régi par des seigneurs corrompus et brutaux. Des millions de personnes étaient devenus esclaves de L’opium anglais.
LES UNIVERSITAIRES britanniques : Eloquents défenseurs des conquêtes impériales
Toute la classe académique occidentale -et à sa tête les historiens impérialistes anglais- ont attribué la domination impérialiste anglaise sur l’Asie à "la supériorité technologique" de l’Angleterre et la pauvreté et de la Chine et sa colonisation au "retard oriental" sans mentionner la supériorité millénaire du commerce et des avancées techniques de la Chine qui a duré jusqu’au début du 19ième siècle. A la fin des années 1920, avec l’invasion impériale japonaise, la Chine a perdu son unité. Sous la loi impériale, des centaines de millions de Chinois sont morts de faim ou ont été dépossédés ou assassinés pendant que les puissances impériales occidentales et le Japon pillaient son économie. Cela a complètement discrédité toute l’élite chinoise collaboratrice des "Compradores" aux yeux des Chinois.
Le souvenir du pays prospère, dynamique et puissant qu’a été autrefois la Chine est resté dans la mémoire collective du peuple chinois mais a été complètement occulté par les prestigieux intellectuels étasuniens et anglais. Les commentateurs occidentaux ont discrédité la mémoire collective de la suprématie de la Chine en la qualifiant d’illusion ridicule due à la nostalgie des seigneurs et de la royauté, et à l’arrogance sans fondement des Han.
LA CHINE renaît des cendres du pillage et de l’humiliation impériales : La révolution communiste chinoise
C’est le succès de la révolution communiste chinoise du milieu du 20ième siècle qui a rendu possible l’ascension de la Chine moderne à la place de seconde économie mondiale. L’armée "rouge", l’armée populaire de libération, a vaincu d’abord l’armée impériale japonaise et ensuite l’armée impérialiste étasunienne soutenue par le Kuomintang, l’armée "nationaliste" menée par les "compradores". Cela a permis la réunification de la Chine en un état souverain indépendant. Le gouvernement communiste a aboli les privilèges extra-territoriaux des impérialistes occidentaux, mis fin au pouvoir des seigneurs de guerre et des gangsters et chassé les propriétaires millionnaires de bordels, les trafiquants de femmes et de drogues ainsi que les autres "fournisseurs de service" de l’empire étasuno-européen.
A tous les sens du mot, la révolution communiste a forgé l’état chinois moderne. Les nouveaux dirigeants ont alors procédé à la reconstruction d’une économie ravagée par les guerres impériales et le pillage des capitalistes japonais et occidentaux. Après plus de 150 ans d’infamie et d’humiliation, le peuple chinois a retrouvé sa fierté et sa dignité nationales. Ces éléments socio-psychologiques ont joué un rôle essentiel dans la capacité du pays à se défendre contre les attaques, le sabotage, les boycotts et les blocus étasuniens qui ont suivi la libération.
Contrairement à ce que prétendent les économistes occidentaux et les économistes néolibéraux chinois, la dynamique croissance de la Chine n’a pas commencé en 1980. Elle a commencé en 1950 avec la réforme agraire qui a procuré de la terre, des infrastructures, des crédits et de l’assistance technique à des centaines de millions de paysans et ouvriers agricoles misérables. Grâce à ce qui est aujourd’hui appelé "capital humain" et à une gigantesque mobilisation sociale, les communistes ont construit des routes, des aérodromes, des ponts, des canaux et des lignes de chemin de fer de même que les industries de base, comme le charbon, l’acier, le fer, qui ont constitué la colonne vertébrale de l’économie de la Chine moderne. Le vaste système d’éducation et de santé de la Chine communiste a produit une force de travail motivée, instruite et en bonne santé. Son armée hautement professionnelle a empêché les Etats-Unis d’étendre leur empire militaire à travers la péninsule coréenne jusqu’aux frontières de la Chine. De même que les historiens et propagandistes ont fabriqué l’histoire d’une Chine "décadente et stagnante" pour justifier leur brutale conquête, de même leurs homologues contemporains ont réécrit l’histoire des trente premières années de la Révolution Communiste chinoise, en niant son rôle positif dans le développement de tous les éléments d’une économie, d’un état et d’une société modernes. Il est clair que la rapide croissance de la Chine a été la conséquence du développement de son marché intérieur, de la formation rapide de scientifiques, de techniciens et de travailleurs qualifiés et que le filet de sécurité sociale qui protégeait et promouvait la mobilité des ouvriers et des paysans étaient les fruits de la planification et des investissements communistes.
La montée en puissance de la Chine sur l’échiquier mondial, a commencé en 1949 par l’évincement de toute la classe financière spéculatrice parasite des "compradores" qui avaient servi d’intermédiaires aux impérialistes européens, japonais et étasuniens pour drainer les grandes richesses de la Chine.
LA TRANSITION chinoise vers le capitalisme
A partir de 1980, le gouvernement chinois a opéré un changement dramatique dans sa stratégie économique : Au cours des trois décennies suivantes il a ouvert le pays à des investissements étrangers d’envergure ; il a privatisé des milliers d’industries et il a mis en place une politique délibérée de concentration des revenus dans le but de récréer une classe économique dominante de milliardaires liés aux capitalistes étrangers. Le projet de la classe politique chinoise dirigeante était "d’emprunter" les connaissances techniques nécessaires pour entrer sur les marchés étrangers par l’intermédiaire des entreprises étrangères à qui ils fourniraient une abondante main d’oeuvre bon marché. L’état chinois a redirigé des subventions publiques massives pour générer une haute croissance capitaliste en démantelant son système national gratuit de soins et d’éducation. Il a cessé de subventionner la construction des habitations de centaines de millions de paysans et d’ouvriers d’usines pour fournir des fonds à des spéculateurs immobiliers pour construire des appartements de luxe privés et des gratte-ciel de bureaux. La nouvelle stratégie capitaliste chinoise, de même que sa croissance à deux chiffres, s’est enracinée dans les profonds changements structurels et les investissements publics massifs rendus possibles par l’ancien gouvernement communiste. "L’envolée" du secteur privé chinois a eu comme fondement les immenses dépenses publiques consenties depuis 1949.
La nouvelle classe capitaliste triomphante et ses collaborateurs occidentaux se sont vantés d’être les artisans du "miracle économique" de la Chine et de son ascension à la seconde place dans l’économie mondiale. Cette nouvelle élite chinoise est moins pressée de mentionner la place de la Chine en ce qui concerne les brutales inégalités de classes car on ne trouve pire qu’aux Etats-Unis.
LA CHINE : De la soumission aux impérialistes à la compétitivité internationale
La croissance soutenue du secteur industriel de la Chine a été le résultat d’investissements publics très ciblés, de profits élevés, d’innovations techniques et d’un marché intérieur protégé. Le capital étranger a fait bien sûr des profits mais toujours dans le cadre des priorités et des règles de l’état chinois. La "stratégie d’exportation" dynamique du régime a produit d’énormes surplus commerciaux qui ont fait de la Chine un des plus grands créanciers de la planète et surtout des Etats-Unis. Pour maintenir sa dynamique industrielle, la Chine a du importer de grands quantités de matières premières ce qui l’a conduit à faire des investissements importants à l’étranger et à conclure des accords commerciaux avec des pays exportateurs de minerais et de produits agricoles comme l’Afrique et l’Amérique Latine. Dès 2010, la Chine, supplantant les Etats-Unis et l’Europe, est devenue le principal partenaire de beaucoup de pays d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique Latine.
La Chine moderne, comme celle de 1100 à 1800, est devenue une puissance économique mondiale grâce à sa prodigieuse capacité de production. Le commerce et les investissements se faisaient dans le cadre d’une stricte politique de non-ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires commerciaux. A la différence des Etats-Unis, la Chine n’a pas mené des guerres sans merci pour le pétrole ; au contraire elle a signé des contrats lucratifs. Et la Chine ne fait pas la guerre dans l’intérêt des Chinois de l’étranger comme les Etats-Unis ont fait pour Israël au Moyen-Orient.
Le rapport entre la puissance économique chinoise et sa puissance militaire est à l’opposé de celui des Etats-Unis, un gros empire militaire parasite dont l’influence économique internationale continue de diminuer.
Les dépenses militaires des Etats-Unis sont 12 fois supérieures à celles de la Chine. L’armée étasunienne tient le rôle principal dans les efforts de Washington pour empêcher la Chine de devenir une puissance mondiale.
L’ASCENSION de la Chine : L’histoire va-t-elle se répéter ?
La croissance de la Chine a été d’environ 9% par an et la qualité et la valeur de ses produits augmentent rapidement. Au contraire, les Etats-Unis et l’Europe ont stagné autour de 1% de croissance de 2007 à 2012. Les créatifs savants et techniciens chinois ont assimilé les dernières inventions occidentales (et japonaises) et les ont améliorées, diminuant ainsi leur coût de production. La Chine a remplacé les "institutions financières internationales" contrôlées par les Etats-Unis et l’Europe (le FMI, la banque mondiale et la banque interaméricaine de développement) comme principal prêteur de l’Amérique Latine. La Chine continue d’être le premier investisseur dans les ressources minières et l’énergie africaines. La Chine a pris la place des Etats-Unis comme premier partenaire commercial d’Arabie Saoudite, du Soudan, premier acheteur de pétrole iranien et est en passe de devenir aussi le premier acheteur de produits pétroliers vénézuéliens. Aujourd’hui la Chine est le premier fabriquant et exportateur mondial, dominant même le marché étasunien tout en jouant le rôle de bouée de sauvetage financière grâce à ses 1300 milliards de dollars de bonds du trésor étasuniens.
Sous la pression des travailleurs, des fermiers et des paysans, les dirigeants chinois ont développé le marché intérieur en augmentant les salaires et les dépenses sociales pour rééquilibrer l’économie et éviter le spectre de l’instabilité sociale. Au contraire, aux Etats-Unis, les salaires et les services publiques vitaux ont décliné de façon alarmante en termes absolus et relatifs.
Tout cela laisse présager que la Chine va prendre la place des Etats-Unis comme première puissance économique mondiale dans les dix années qui viennent, si l’empire étasunien ne l’attaque pas et si les profondes inégalités de classe chinoises ne provoquent pas un soulèvement général.
De sérieuses menacent pèsent sur l’ascension de la Chine dans le monde. Contrairement à ce qui s’est produit dans le passé, la puissance économique de la Chine moderne n’est pas accompagnée de visées impérialistes. La Chine est sérieusement en retard par rapport aux Etats-Unis et à l’Europe pour ce qui concerne la capacité de mener des guerres de conquête. Cela a sans doute permis à la Chine d’utiliser plus de financement pour générer de la puissance économique mais la Chine est aujourd’hui sans défense devant la supériorité militaire étasunienne, son énorme arsenal, ses bases avancées et ses positions géo-militaires stratégiques au large des côtes chinoises et dans les territoires adjacents.
Au 19ième siècle, l’impérialisme britannique a détruit la position de la Chine sur la scène internationale grâce à sa supériorité militaire en saisissant les ports chinois - à cause de la confiance de la Chine dans sa "supériorité commerciale".
La conquête de l’Inde, de la Birmanie et de la plus grande partie de l’Asie a permis à l’Angleterre d’établir des bases coloniales et de recruter des armées locales de mercenaires. Les Anglais et leurs alliés mercenaires ont encerclé et isolé la Chine, ce qui a déstabilisé le marché chinois et permis d’imposer de brutaux accords commerciaux. L’armée de l’empire britannique dictait à la Chine ce qu’elle devait importer (et l’opium représentait 50% des exportations anglaises dans les années 1850) tout en neutralisant sa plus grande compétitivité par des tarifs préférentiels.
Aujourd’hui les Etats-Unis poursuivent la même politique : la flotte étasunienne patrouille et contrôle les voies commerciales maritimes de la Chine et ses ressources en pétrole off-shore à partir de ses bases. La Maison Blanche de Obama et Clinton est en train de préparer une réponse militaire rapide, à partir de ses bases en Australie, Philippines, et ailleurs en Asie. Les Etats-Unis intensifient leurs efforts pour gêner l’accès chinois aux ressources étrangères stratégiques tout en soutenant les séparatistes "issus de peuple" et les "insurgés" en Chine occidentale, Tibet, Soudan, Birmanie, Iran, Libye, Syrie et ailleurs. Les accords militaires étasuniens avec l’Inde et la mise en place d’un régime fantoche interchangeable au Pakistan ont fait progresser ses efforts pour isoler la Chine. La Chine est fidèle à sa politique de "développement harmonieux" et de "’non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays" et elle est restée neutre quand l’armée impérialiste des Etats-Unis et de l’Europe a attaqué un des partenaires commerciaux chinois dans le but principal de contrecarrer l’expansion commerciale pacifique de la Chine.
La Chine n’a pas de stratégie politique et idéologique pour protéger ses intérêts économiques à l’étranger et cela a encouragé les Etats-Unis et l’OTAN à mettre en place des régimes hostiles à Pékin. L’exemple le plus frappant est celui de la Libye où les Etats-Unis et l’OTAN sont intervenus pour renverser un gouvernement indépendant dirigé par le président Kadhafi avec qui la Chine avait signé des accords commerciaux s’élevant à plusieurs milliards de dollars. Le bombardement des villes, ports et installations pétrolières de la Libye par l’OTAN a forcé la Chine à rapatrier 35 000 ingénieurs du pétrole et ouvriers de la construction Chinois en quelques jours. La même chose est arrivée au Soudan où la Chine avait investi des milliards pour développer l’industrie du pétrole. Les Etats-Unis, Israël et l’Europe ont armé les rebelles soudanais pour désorganiser la production de pétrole et attaquer les Chinois qui travaillaient dans le pétrole. Dans les deux cas la Chine a laissé les impérialistes étasuniens et européens attaquer ses partenaires commerciaux et endommager ses investissements sans réagir.
Sous Mao Zedong, la Chine contrecarrait activement l’agression impériale. Elle soutenait des mouvements révolutionnaires et des gouvernements indépendants du Tiers Monde. Aujourd’hui la Chine ne soutient plus activement des gouvernements ou des mouvements capables de protéger ses accords commerciaux et ses investissements à l’étranger. L’incapacité de la Chine à s’opposer à la montée de l’agression militaire étasunienne contre ses intérêts économiques est due à de profonds problèmes structuraux. La politique étrangère de la Chine repose sur de gros intérêts commerciaux, financiers et industriels qui comptent sur leur "compétitivité économique" pour gagner des parts de marché et qui ne comprennent rien aux fondements militaires et sécuritaires de la puissance économique mondiale. La classe politique chinoise est profondément influencée par une nouvelle classe de milliardaires qui ont des liens étroits avec les fonds d’équité occidentaux et qui ont absorbé les valeurs occidentales sans les remettre en question. La preuve, ils envoient leurs enfants étudier dans les universités élitistes des Etats-Unis et d’Europe. Ceux-là veulent "s’entendre avec l’Occident" à tous prix. Comme ils ne comprennent pas bien comment on construit un empire militaire, ils ne réagissent pas comme il le faudrait à chaque fois que les Impérialistes entravent leur accès aux ressources et aux marchés. L’approche "les affaires avant tout" de la Chine a peut-être été la bonne tant qu’elle était un pion sur l’échiquier économique mondial et que les impérialistes étasuniens considéraient son "ouverture au capitalisme" comme une occasion de mettre la main sur les entreprises publiques chinoises et de piller son économie. Mais quand la Chine (à la différence de l’ancienne URSS) a décidé de garder le contrôle des capitaux et de développer une "politique industrielle" planifiée et contrôlée par l’état en redirigeant les capitaux occidentaux et le transfert des technologies vers des entreprises d’état qui ont réussi à pénétrer les marchés intérieurs et étrangers étasuniens, Washington a commencé à protester et à parler des mesures de rétorsion. Les énormes surplus commerciaux de la Chine par rapport aux Etats-Unis ont provoqué une réaction à deux tranchants de la part de Washington. Washington a vendu de grandes quantités de bons du trésor étasuniens aux Chinois et a commencé à développer une stratégie globale pour enrayer l’avancée de la Chine. Comme les Etats-Unis n’avaient pas la capacité économique d’empêcher le déclin de leur pays , ils ont eu recours à leur seul "avantage comparatif" —leur supériorité militaire basée sur un réseau de bases offensives réparties sur toute la planète, de régimes clients, d’ONG et de mercenaires idéologiques ou armés. Washington s’est tourné vers son vaste appareil de sécurité visible et invisible pour nuire aux partenaires commerciaux de la Chine. Washington compte sur ses relations de longue date avec des leaders corrompus, des opposants, des journalistes et des nababs médiatiques pour qu’une puissante couverture de propagande soit déployée pendant que son offensive militaire contre les intérêts chinois à l’étranger progresse.
la Chine ne possède rien de comparable à l’appareil planétaire de sécurité étasunien parce qu’elle pratique une politique de non-ingérence. Elle n’a opposé à l’offensive en bonne voie de l’Occident impérialiste, que quelques initiatives diplomatiques comme des tracts en anglais pour expliquer sa politique, l’utilisation de son droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU pour contrecarrer les efforts des Etats-Unis visant à renverser le régime indépendant d’Assad en Syrie et pour s’opposer aux sanctions drastiques contre l’Iran. Elle s’est aussi insurgée vigoureusement quand la secrétaire d’état Hilary Clinton a exprimé des doutes au vitriol sur la "légitimité" de l’état chinois suite à son vote contre la résolution des Etats-Unis et de l’ONU préparant une attaque contre la Syrie.
Les stratèges militaires chinois sont de plus en plus conscients, et inquiets, de l’intensification de la menace militaire contre la Chine. Ils ont demandé et obtenu une hausse de 19% du budget militaire au cours des 5 dernières années (2011-2015). Mais même avec cette augmentation, le budget militaire de la Chine est encore 5 fois inférieur à celui des Etats-Unis et la Chine n’a pas de base à l’étranger tandis que les Etats-Unis en ont 750. Les opérations des services secrets chinois à l’étranger sont quasi-nulles. Ses ambassades sont gérées par et pour des intérêts commerciaux à courte vue qui n’ont rien compris à la brutale politique de changement de régime de l’OTAN contre la Libye et ont négligé d’informer Beijing de ce que cela signifiait pour l’état chinois.
Il y a deux autres faiblesses structurelles qui empêchent la Chine de devenir une puissance mondiale. Elles proviennent de l’intelligentsia hautement "occidentalisée" qui a avalé sans discernement la doctrine économique des Etats-Unis sur la libre circulation des produits en ignorant la militarisation de son économie. Ces intellectuels chinois répètent comme des perroquets la propagande étasunienne sur "les vertus démocratiques" des campagnes électorales présidentielles qui coûtent des milliards de dollars tout en soutenant une déréglementation financière qui aurait permis à Wall Street d’engloutir les banques et les avoirs chinois. De nombreux intellectuels et consultants d’affaire ont été formés aux Etats-Unis et sont influencés par leurs liens avec des universitaires étasuniens et des institutions financières internationales directement liées à Wall Street et à la City de Londres. Ils ont prospéré et sont devenus des consultants grassement payés qui ont des postes prestigieux dans les institutions chinoises. Ils identifient la "libéralisation des marchés financiers" avec "les économies de pointe" qui selon eux permettraient de mieux s’intégrer au marché mondial au lieu de les considérer comme la source principale de la crise financière économique mondiale actuelle. Ces "intellectuels occidentalisés" ressemblent aux "Compradores" du 19ième siècle qui sous-estimaient, pour ne pas dire niaient, les conséquences à long terme de la pénétration impériale occidentale. Ils ne comprennent pas que la déréglementation financière aux Etats-Unis a causé la crise actuelle ni qu’elle aboutirait à la main mise de l’Occident sur le système financier chinois —qui aurait pour conséquence de rediriger l’épargne intérieure chinoise vers des activités non productives (la spéculation immobilière), de causer une crise financière et finalement d’empêcher la Chine d’atteindre une position dominante.
Ces cadres branchés* chinois imitent le style consumériste occidental dans ses pires aspects et leurs opinions politiques découlent de ce style de vie et de leur identification aux Occidentaux qui les rendent incapables de la moindre solidarité avec leur propre classe ouvrière.
Il y a un fondement économique aux sentiments pro-occidentaux des néo-compradores chinois. Ils ont transféré des milliards de dollars sur des comptes en banque étrangers, acheté des maisons et appartements luxueux à Londres, Toronto, Los Angeles, Manhattan, Paris, Honk Kong, et Singapour. Ils ont un pied en Chine (la source de leur richesse) et l’autre en Occident (où ils consomment et cachent leur fortune).
Les compradores occidentalisés sont profondément intégrés dans le système économique chinois et ont des liens familiaux avec les dirigeants politiques, les membres de l’appareil du parti et de l’état. Moins étroits sont leurs liens avec l’armée et avec les mouvements sociaux grandissants, même si certains étudiants "dissidents" et intellectuels militants du "mouvement démocratique" sont soutenus par les ONG impérialistes occidentales. En gagnant de l’influence les compradores affaiblissent les puissantes institutions économiques de l’état qui sont à l’origine de la percée de la Chine comme puissance économique internationale, exactement comme au 19ième siècle quand ils servaient d’intermédiaire à l’empire britannique. Au 19ième siècle, sous couvert de "libéralisme", les Anglais ont rendus plus de 50 millions de Chinois dépendants de l’opium en moins d’une décennie. Aujourd’hui, sous couvert de "démocratie et de droits humains" les navires étasuniens patrouillent au large des côtes chinoises. Les élites qui ont piloté l’ascension de la Chine ont créé des inégalités monumentales entre les milliers de nouveaux milliardaires et multi-millionaires au sommet et les centaines de millions de travailleurs, de paysans et de travailleurs émigrés appauvris tout en bas.
La rapide accumulation de richesse des Chinois s’est faite à travers l’intense exploitation des travailleurs qui furent dépouillés du filet de sécurité sociale et de la réglementation du travail que le communisme leur garantissait. Des millions de familles chinoises sont aujourd’hui dépossédées au profit des promoteurs/spéculateurs immobiliers qui construisent des tours de bureaux et d’appartements luxueux pour l’élite locale et étrangère. Ces caractéristiques brutales du capitalisme chinois ont fait naître une revendication massive et grandissante qui concerne à la fois le travail et le logement. Le slogan des promoteurs/spéculateurs : "S’enrichir est merveilleux" ne trompe plus personne. En 2011 il y a eu plus de 200 000 mouvements populaires dans les usines des villes de la côte et dans les villages ruraux. La prochaine étape sera sans nulle doute, l’unification de ces luttes en nouveaux mouvements sociaux nationaux qui au nom de la lutte des classes exigeront qu’on leur rende les services de santé et d’éducation qu’ils avaient sous le régime communiste ainsi qu’une plus grande partie de la richesse de la Chine. La lutte pour des augmentations de salaire peut se transformer en lutte pour plus de démocratie sur le lieu de travail. Pour répondre à ces demandes populaires, les nouveaux compradores libéraux occidentalisés de la Chine ne pourront pas proposer leur "modèle" américain en exemple car les travailleurs étasuniens sont en train d’être dépouillés de tout ce que les Chinois demandent maintenant qu’on leur rende.
La Chine déchirée par l’intensification des conflits de classe et des luttes politiques ne peut pas maintenir sa progression vers le leadership économique mondial. L’élite chinoise n’est pas en mesure d’affronter la menace militaire impérialiste étasunienne tout le temps que ses alliés, les compradores, font partie de l’élite libérale intérieure et d’autre part la société est profondément divisée avec une classe laborieuse de plus en plus hostile. Il faut mettre fin à l’exploitation sauvage des travailleurs chinois pour pouvoir affronter l’encerclement militaire étasunien de la Chine et la déstabilisation économique de ses marchés étrangers. La Chine possède d’énormes ressources. Avec des réserves se montant à 1 500 milliards de dollars, la Chine peut financer un service national de santé et d’éducation publique pour tout le pays.
La Chine a les moyens de mettre en place un "programme de logements publics" pour les 250 millions de travailleurs émigrants qui vivent dans une misère noire. La Chine peut imposer un système d’impôts progressifs à ses milliardaires et millionnaires et financer des coopératives pour les petits fermiers et des industries rurales pour rééquilibrer l’économie. Le programme de développement de l’énergie alternative comme les panneaux solaires et les éoliennes est un premier pas vers la solution du grave problème de la pollution. La dégradation de l’environnement et les problèmes de santé qu’elle entraîne inquiètent des dizaines de millions de personnes. Finalement la meilleure défense de la Chine contre les conquêtes impérialistes, est encore un régime stable basé sur la justice sociale pour ses centaines de millions d’habitants et une politique étrangère de soutien des mouvements et régimes étrangers opposés aux puissances impérialistes et dont l’indépendance est vitale pour la Chine. Ce qu’il faut, c’est une politique active basée sur des entreprises militaires conjointes et mutuellement profitables et de la solidarité diplomatique. Il y a déjà un petit groupe d’intellectuels chinois qui a soulevé la question de la menace militaire étasunienne grandissante et qui "dit non à la diplomatie à la pointe du canon".
La Chine moderne a beaucoup de ressources et d’avantages dont ne disposait pas la Chine du 19ième siècle quand l’empire britannique l’a soumise. Si les Etats-Unis continuent leur politique agressive d’escalade militaire contre la Chine, Beijing peut déclencher une sérieuse crise fiscale en mettant sur le marché une partie des centaines de milliards de bonds du trésor étasunien qu’elle détient. La Chine, une puissance nucléaire, devrait s’allier avec un voisin qui a lui aussi l’arme atomique et qui lui aussi est menacé, la Russie, pour affronter et faire taire la belliqueuse et vociférante secrétaire d’état américaine, Hilary Clinton. Le président de la Russie, Poutine, va augmenter ses dépenses militaires de 3 à 6% du PIB pendant la prochaine décennie pour contrecarrer l’offensive des bases de missiles de Washington aux frontières russes et enrayer les tentatives du régime d’Obama de renverser des gouvernements alliés comme celui de la Syrie.
La Chine a de puissants réseaux commerciaux, financiers et d’investissement dans le monde ainsi que des partenaires économiques puissants. Ces liens sont devenus essentiels pour la croissance de beaucoup de pays du monde développé. En s’attaquant à la Chine, les Etats-Unis devront faire face à l’opposition de nombreux membres de la puissante élite internationale qui tire profit du marché. Peu de pays et peu de leurs élites veulent prendre le risque de lier leur destin à un empire économiquement instable qui se maintient grâce à de destructrices occupations militaires coloniales.
En d’autres termes, la Chine moderne, en tant que puissance internationale, est incomparablement plus forte qu’au début du 18ième siècle. Les Etats-Unis n’ont pas la puissance coloniale que l’empire britannique possédait après les Guerre de l’Opium. De plus, de nombreux intellectuels chinois et la vaste majorité des citoyens chinois n’ont aucunement l’intention de laisser les "compradores occidentalisés" d’aujourd’hui vendre leur pays. Rien n’accélèrerait davantage le clivage politique de la société chinoise ni ne hâterait plus l’avènement d’une seconde révolution sociale chinoise que des dirigeants timorés qui se soumettraient à une nouvelle ère de pillage impérialiste occidental.
James Petras
Professeur de sociologie de Binghamton University, New York, à la retraite. Il lutte depuis 50 ans pour l’égalité et conseille les sans-terre et sans-travail du Brésil et d’Argentine. Il a co-écrit Globalization Unmasked (Zed Books). Son dernier livre est : The Arab Revolt and the Imperialist Counterattack.
Pour consulter l’original et les notes : http://dissidentvoice.org/2012/03/chinas-rise-fall-and-re-em...
Traduction : Dominique Muselet pour LGS
Note : *Dans le texte : yuppy : Young urban professional
Image extraite d'une vidéo de l'émission de Maya Khan sur la chaîne pakistanaise Samaa TV.
Au Pakistan, la frontière entre le décent et l'indécent fait l'objet de vifs débats. En témoigne l'histoire, qui fait grand bruit dans ce pays, de la présentatrice Maya Khan, rapporte un article de la BBC. Le nouveau concept de son émission sur la chaîne Samaa TV : traquer, avec une troupe de "tantes vigiles", des couples qui flânent en tête à tête et qui feraient montre de signes d'affection, nullement plus fougueux que de se tenir par la main. On peut ainsi voir la présentatrice poursuivre ces amoureux des bancs publics dans un parc de Karachi, et demander à deux d'entre eux, qui n'auront pas fui assez vite, s'ils sont mariés et si leurs parents savent où ils sont.
Le programme n'a guère plu à la frange libérale de l'élite pakistanaise. Ni les excuses répétées de Maya Khan, ni le soutien de quelques fans conservateurs n'auront suffi. Maya Khan s'est fait licencier de la chaîne Samaa. Un rare succès pour les défenseurs des libertés individuelles au Pakistan, souligne le Huffington Post. Dans ses colonnes, la directrice d'une organisation de défense des droits des femmes au Pakistan, Mahnaz Rahman, s'interroge : "Quelle est la différence entre ce type de surveillance médiatique et celle dont font preuve les talibans ?"
A la suite de ce licenciement pour abus de bonnes mœurs, le correspondant de laBBC a mené sa petite enquête dans des parcs d'Islamabad. Une jeune femme avait entendu parler de l'affaire Maya Khan : "Mais je me fiche de ce que pensent les gens. Je tiens la main de mon mari, et je suis parfaitement à l'aise avec ça, même si d'autres ne le sont pas", dit-elle. Son mari : "Il y a des endroits où je peux montrer des signes d'affection en public, comme tenir sa main, mais il y en a d'autres où c'est difficile d'agir de la sorte."
Derrière les raideurs de la société pakistanaise et les attaque contre les libertés individuelles, le journaliste soulève la question du positionnement tâtonnant des médias pakistanais, libéralisés en 2000 : "L'industrie des médias privés est bourgeonnante au Pakistan et a grandi largement sans contrôle, dans sa course à l'audience." D'où, aussi, ce type de programme populiste. Dans un autre article, le correspondant de la BBC pointait des médias pakistanais qui, lorsqu'ils couvrent des scènes violentes notamment, manquent cruellement d'une ligne de conduite éthique. Il rapporte cette scène lors d'un attentat sanglant : "Les équipes de télévision étaient là pour filmer le carnage et, alors que le personnel médical travaillait désespérément pour sauver des vies, un cameraman demanda à un docteur de retirer une victime de l'ambulance afin de le filmer en train de pousser l'homme blessé dans le véhicule."
New Delhi n'a pas réussi à faire adopter sa loi anticorruption avant la fin de l'année, comme elle l'avait promis. Devant cette nouvelle mascarade politique, les journaux accusent les élus d'hypocrisie. Des centaines de milliers d'Indiens avaient défilé dans les rues cet été pour dénoncer la corruption généralisée.
© AFP
Des partisans du militant anti-corruption Anna Hazare lors d'une manifestation le 27 décembre à Amritsar, dans le nord-ouest de
« 29 décembre 2011. Gardez bien ce jour en mémoire, et ne l'oubliez jamais, car il représente un jour sombre pour la démocratie parlementaire indienne » : c'est d'un ton sévère et agacé que le journal en ligne Firstpost présente l'échec de la loi anticorruption 2011, la Lokpal Bill, qui n'a finalement pas été votée par la Chambre basse du Parlement, le Rajya Sabha, comme New Delhi l'avait au départ souhaité. Pourtant adoptée le 27 décembre par le Lok Sabha, la Chambre haute du Parlement, le projet de loi a provoqué un débat houleux et interminable, obligeant le gouvernement à clore la session tard dans la nuit, à minuit. Dans les journaux indiens, l'exaspération domine. "Face au mélodrame de la nuit, où l'on a vu un représentant déchirer une copie de la loi, le gouvernement impuissant a été forcé d'utiliser la dernière sortie de secours : repousser le vote à un autre jour", constate, amer, le quotidien Indian Express. Il faudra attendre la rentrée parlementaire, en février prochain, pour réexaminer le texte.
"On a assisté à un spectacle auquel tout l'establishment politique, quelque soit les
étiquettes, a participé. La vérité, c'est que cette loi est un échec. Personne n'en veut, car cela sonnerait la fin de la politique comme elle se joue aujourd'hui",
accuse Firspost. Pour ce dernier, les masques sont tombés : "aucun homme politique ne veut vraiment ce que
veut le peuple, à savoir des institutions fortes pour combattre la corruption".
La loi prévoit la création d'un poste de médiateur chargé
d'enquêter sur les hauts responsables politiques, les fonctionnaires, et même le Premier ministre. Cela fait des mois que l'élaboration de cette nouvelle législation fait l'actualité en Inde. En
avril 2011, le militant gandhien Anna Hazare a en effet lancé un grand mouvement anticorruption et réclamé le durcissement de la loi face aux scandales qui ont impliqué des ministres et de
nombreux hauts fonctionnaires. Le gouvernement a dû réécrire son projet de loi, devant la défiance des citoyens indiens, venus par centaines de milliers soutenir Anna Hazare lors de son jeûne
public de 12 jours en août à New Delhi. Ce dernier juge toujours la Lokpal Bill insuffisante et trop dépendante du pouvoir exécutif.
Il réclame désormais que le médiateur puisse superviser la police fédérale, ce que ne prévoit pas le texte. Le qualifiant de "trahison" et estimant que "le gouvernement trompe le peuple", il a donc entamé un nouveau jeûne à Bombay le 27 décembre, qui n'a pourtant pas remporté le succès attendu. "Mauvais timing cette fois-ci, commente le quotidien Daily News and Analysis. Anna Hazare devrait arrêter de s'en prendre à la coalition au pouvoir. La formation d'opposition hindoue nationaliste BJP n'a rien à nous offrir.
En décrédibilisant le gouvernement, le risque est de donner du grain à moudre aux
formations de l'opposition qui vont bloquer la loi". Et pas seulement l'opposition : comme le rappelle le journal réactionnaire The
Pioneer, c'est le parti du Trinamool Congress, pourtant
membre de la coalition au pouvoir, qui a fait déraillé le circuit. Il a mené sa fronde avec d'autres partis, qui a eux tous ont proposé 187 amendements, en contestant notamment la clause
permettant à l'Etat central de créer des commissions anticorruptions dans les Etats fédérés.
Le gouvernement finit l'année comme il l'avait commencée :
fragilisé, à la fois par la fronde populaire de 2011 et par des parlementaires prêts à tout pour décrédibiliser la formation au pouvoir. L'échec de ce 29 décembre semble être un nouvel exemple
d'une démocratie parlementaire où les batailles politiques prennent le pas sur l'intérêt du peuple. Faut-il repenser le système politique indien ? c'est ce
que suggère l'homme politique Sashi Tharoor dans le magazine Tehelka.
Dans un long texte intitulé "Et si on appelait le président ?", il se demande s'il ne faut pas enlever du pouvoir au législatif pour en mettre plus dans les mains de l'exécutif. La "plus grande démocratie du monde" en prend un coup.
Naiké Desquenes
Source : Courrier international
600 milliardaires rouges
Il est dirigeant d’entreprise, privée bien sûr, ou promoteur immobilier, approche de la quarantaine et habite Pékin ou une grande ville de l’est de la Chine. Tel est le portrait-robot du « milliardaire rouge » dressé par le magazine Hurun, qui, à l’instar de Forbes, son confrère américain, établit chaque année le palmarès des hommes et des femmes les plus riches du pays.
La République populaire compte pas moins de 960 000 millionnaires en dollars – soit 1 Chinois sur 1 400 ! Et 271 milliardaires. Au moins officiellement. Car Ruper Hoogewerf, l’éditeur de Hurun, estime que le nombre de ces derniers avoisine en réalité les 600. Preuve que, au pays de Mao Zedong, la fortune reste un sujet partiellement tabou.
Le patron du groupe Sany, dont la fortune est estimée à 11 milliards de dollars. © AFP
Liang Wengen, l’homme le plus riche du pays, a été nommé le 29 septembre membre suppléant du Comité central du Parti communiste. Comme un symbole des temps nouveaux.
L’homme le plus riche de Chine entrant au Comité central du Parti communiste chinois (PCC) ? Il n’y a pas si longtemps, la nouvelle aurait paru invraisemblable. Voire totalement absurde. Le 29 septembre, elle est pourtant devenue réalité : Liang Wengen (55 ans) a bel et bien été coopté comme membre suppléant de cette instance, véritable Saint des Saints de la politique chinoise. Une sorte de révolution à l’envers.
Liang préside le groupe Sany, qui emploie 50 000 salariés et fabrique des machines-outils dans le Hunan. Sa fortune est estimée à 11 milliards de dollars (8,2 milliards d’euros). Il incarne à merveille le grand écart permanent entre le dogme de la dictature du prolétariat et la toute-puissance de la nouvelle économie chinoise.
Les quelque 200 membres permanents du Comité central se réunissent quatre fois l’an pour discuter et approuver les principales mesures législatives. Ils sont élus tous les cinq ans, avec leurs 150 suppléants, par les délégués du parti. C’est parmi eux que sera désignée, dans un an, la nouvelle direction du pays : les neuf membres permanents du Politburo. « Liang a déjà postulé à trois reprises, en vain, à un siège au Comité central, explique le journaliste Chang Wen, du China Herald. La dernière fois, il a très clairement été écarté parce que son groupe a été jugé trop puissant. Mais les choses changent. Le Politburo est résolu à faire davantage de place au secteur privé.
Main dans la main
C’est l’ancien président Jiang Zemin qui, en 2001, avait donné le signal de l’ouverture en demandant que les entrepreneurs privés puissent adhérer au PCC. Liang a pour sa part pris sa carte en 2004. Mais sa cooptation, aussi importante soit-elle, reste une exception. « Il y a encore assez peu de membres du parti qui travaillent dans le secteur privé, note Tang Wenfang, auteur d’un ouvrage sur les changements politiques en Chine. Le besoin se fait sentir de corriger ce déséquilibre en recrutant dans le monde de l’entreprise. Les millionnaires chinois ont aujourd’hui un indéniable pouvoir économique. Ne pas les intégrer serait prendre le risque de les laisser en marge de la vie politique, voire de les inciter à adopter une ligne indépendante. » Mieux vaut donc leur offrir un strapontin.
Pour Rupert Hoogewerf, éditeur du magazine Hurun, qui, depuis dix ans, recense et classe les grandes fortunes chinoises, l’arrivée de Liang est donc avant tout symbolique : « La Chine est le pays au monde qui compte le plus grand nombre de millionnaires (voir encadré). Ils payent des impôts, créent des emplois et travaillent main dans la main avec les autorités. C’est une relation symbiotique. L’État et les millionnaires ont besoin l’un de l’autre. L’élection de Liang au Comité central est un signal positif adressé au secteur privé. »
Patriotisme
Mais attention, il y a les bons et les mauvais élèves. Seuls ceux qui, à l’instar de Liang, ont donné un demi-million de dollars aux victimes du tremblement de terre dans le Sichuan, en 2008, ou su faire vibrer le patriotisme chinois en proposant leur aide après le tsunami au Japon ont droit aux récompenses. « Sur bien des dossiers, les intérêts de Sany et du gouvernement sont intimement liés », confirme le journaliste Chang Wen. Les autres, en revanche, s’exposent à des sanctions exemplaires. On ne compte plus les riches entrepreneurs épinglés pour corruption ou fraude fiscale. Certains sont en prison et risquent la peine de mort.
« Pour éviter que des lobbies trop puissants ne se forment à l’extérieur du PCC et ne s’opposent à la ligne officielle, la direction ouvre ses rangs à différentes factions, afin que les débats aient lieu à l’intérieur du Comité central, assure Tang Wenfang. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’arrivée de Liang. Cela permet d’améliorer la démocratie à l’intérieur du parti. »
Ironie de ce capitalisme à la chinoise, le gouvernement a récemment interdit les publicités trop ostentatoires pour les produits de luxe. Liang Wengen, qui jusqu’ici exhibait sans complexe ses neuf limousines Maybach et son hélicoptère privé, va devoir apprendre à faire profil bas. C’est sans doute le prix à payer pour accéder au Palais du peuple.
« Enrichissez-vous ! » avait lancé Deng Xiaoping à ses compatriotes, en 1977. Aujourd’hui, ses successeurs pourraient reprendre ce mot d’ordre, en l’infléchissant un peu : « Enrichissez-vous, mais ne le montrez pas trop et, surtout, faites-en profiter le parti. »
Stéphane Pambrun, à Pékin
Source : Jeune Afrique
Les inondations qui affectent le pays depuis trois mois ont jeté une lumière crue sur l'insurmontable clivage entre les privilégiés de la capitale et les pauvres des campagnes, écrit, un brin cinglant, le politologue Pavin Chachavalpongpun. Les tensions entre le gouverneur de la ville et le gouvernement n'arrangent rien.
© AFP
Des ouvriers sauvent des flots le matériel de leur usine, le 8 novembre, dans la province d'Ayutthaya.
"Ses chaussettes sont trempées. Au cours de ces terribles inondations, il a sillonné tout Bangkok. Vous ne trouverez
pas plus dévoué. J’oublie constamment qu'il est le fils de Son Altesse royale le prince Paribatra Sukhumbhand et le petit-fils de sa Majesté le roi Chulalongkorn, l’un des plus grands monarques
que la Thaïlande ait connus." Voilà comment, avec fierté, l’une de ses secrétaires décrit Sukhumbhand Paribatra, gouverneur de Bangkok, sur Facebook. Les habitants de Bangkok ont donc "leur"
membre de la famille royale prêt à défendre leur capitale bien-aimée. Sukhumbhand, qui appartient lui-même à l’élite, tient à servir, avec enthousiasme, les intérêts de ses sympathisants
bangkokois, qui se voient eux aussi comme formant la classe intellectuelle supérieure. Si son grand-père fut le prince de Nakhon Sawan [dans le centre du royaume], Sukhumbhand est désormais le
"prince de Bangkok".
Ces crues dévastatrices lui ont donné l’occasion d’asseoir son autorité en tant que gouverneur de Bangkok et jusqu’à présent, il s’en est parfaitement sorti en travaillant indépendamment du
gouvernement [allant jusqu’à donner des contrordres aux décisions prises par le gouvernement]. Ce n'est pas la coopération, mais la compétition qui s’est imposée comme le maître mot définissant
ses relations avec le Premier ministre [Yingluck Shinawatra]. Sous Sukhumbhand, Bangkok est une île. La capitale a été détachée du reste du pays. Il semble acceptable que les autres provinces
soient sous les eaux, mais Bangkok doit rester au sec. La ville doit être épargnée à tout prix.
Que nous enseigne l’attitude de Sukhumbhand, centrée sur la capitale ? Elle montre que Bangkok n’est pas la Thaïlande, et vice versa. C’est un Etat dans l’Etat. Cette façon de penser empêche le
gouvernement de mettre en œuvre une solution globale face à ces inondations incontrôlables. Quant aux idées de Sukhumbhand pour maîtriser cette catastrophe, elles sont avant tout élitistes et
impériales. Armé de son titre royal de Mom Rajawongse [indiquant qu’il est de descendance royale], un véritable anachronisme dans les autres sociétés civilisées, Sukhumbhand se pose en vieux
guerrier luttant pour protéger la métropole. Sauf que cette fois-ci, il ne s’oppose pas aux Birmans ou aux Cambodgiens. L’eau est son ennemi. Métaphoriquement, sa mission de est de préserver
"l’indépendance" de Bangkok.
Quelles sont ces conceptions élitistes ? Tout d’abord, Bangkok serait soi-disant la ville la plus importante du royaume : la fierté de la nation, le siège d’une monarchie ô combien vénérée et la
source de la richesse économique. C’est là une vue incontestablement autoritaire qui confère trop de poids à la capitale tout en négligeant d’autres provinces jugées moins vitales. Certes,
Bangkok contribue à près de 41 % du PIB national, et les analystes ont déjà averti que la croissance souffrirait d’autant plus que la capitale subirait de gros dégâts. N’oublions pas cependant
que le centre du pays est sous les eaux depuis des mois. Et c’est dans cette région que sont implantées les grandes usines, dont les constructeurs automobiles Toyota et Honda, les fabricants
d’électronique Canon, Apple, Sony et Toshiba, ainsi que Seagate Technology et Western Digital, qui produisent des disques durs.
Ensuite, il y a quelques mois, quand Bangkok était au sec alors que les zones rurales étaient déjà submergées, à aucun moment les Bangkokois n’ont exprimé leur inquiétude ou leur solidarité
vis-à-vis de ces régions sinistrées. Cela ne semblait pas si grave si ces provinces souffraient, tant que Bangkok était saine et sauve. Ce sont désormais les habitants de la capitale qui se
plaignent à grands cris. Les inondations les ont soudain rendus hystériques. Ils amassent de la nourriture, ce qui crée un climat de panique. Le comportement des Bangkokois est-il caractéristique
de l’éternel système à deux vitesses qui domine la société thaïlandaise ? Les efforts colossaux déployés pour épargner la capitale sont, à n’en pas douter, le reflet du concept inébranlable de
centralisation. Comme toujours, pouvoir et prospérité sont l’apanage de Bangkok. Pour de nombreux habitants de la capitale, il est tout à fait acceptable que d’autres provinces soient maintenues
dans leur vulnérabilité et leur impuissance. Ce n’est pas plus gênant qu’elles soient pauvres et sous-développées. A partir de là, elles méritent de subir les inondations. Mais, peu à peu, l’eau
s’infiltre dans la ville, comme un symbole du ressentiment croissant des autres provinces, désormais disposées à l’attaquer après tant d’années de mauvais traitement. Depuis bien trop longtemps,
Bangkok est bien trop égoïste, et le gouverneur Sukhumbhand n’a réussi qu’à exacerber cette tendance parmi ses administrés.
Pavin Chachavalpongpun | The Nation
La police pakistanaise a arrêté jeudi une femme qui avait tué son mari, qu’elle a ensuite découpé avant de préparer un plat avec ses restes, car il s’apprêtait à prendre une seconde femme sans son autorisation, selon un responsable policier.
Zainab Bibi, 32 ans, et son neveu Zaheer, 22 ans, deux résident de Shah Faisal, un quartier pauvre de Karachi, la mégalopole du sud pakistanais, «ont tué Ahmed Abbas, le mari de Zainab, et l’ont découpé en morceaux», a déclaré à l’AFP un responsable de la police locale, Nadeem Baig.
«Ils ont été interpellés alors qu’ils s’apprêtaient à faire cuire sa chair dans une casserole» a-t-il ajouté, précisant que l’épouse avait déjà fait mariner les morceaux dans un bain d’épices.
La police a retrouvé l’arme du crime, un couteau, et la casserole remplie de restes humains, que les chaînes de télévisions pakistanaises ont longuement montrées.
Selon M. Baig, Zainab Bibi a tué son mari dans un accès de rage après avoir appris qu’il prévoyait de se marier avec une autre femme sans sa permission.
Elle pourrait avoir choisi de cuisiner ses restes «pour détruire les preuves» du meurtre en les jetant ensuite comme s’il s’agissait d’un plat normal, ou «en raison de la haine immense qu’elle lui vouait», a-t-il ajouté.
Des images sanguinolentes diffusées par les télévisions montraient également un tronc humain éviscéré dans un congélateur assailli d’une nuée de mouches.
Il s’agit d’un fait divers très inhabituel dans le pays.
La loi pakistanaise autorise un homme à avoir jusqu’à quatre épouses mais il doit avoir l’autorisation de la ou des autres avant de se remarier. Dans les faits, cette obligation n’est pas toujours respectée.
(AFP)